Samedi soir je sors avec Hélène et Brigitte, on va parler français, « qu’ça nous r’pose, là » comme dit Brigitte avec son accent inénarrable.

Je pense qu’il me faudra un petit cahier pour noter toutes les expressions québécoises. La première fois qu’Hélène m’a dit « tu cours, le matin, c’est chouette… moi aussi maintenant que j’ai des espadrilles… », je n’ai pas pu m’empêcher d’éclater de rire. Je l’imaginais sous la pluie – c’est vrai, j’ai oublié de mentionner qu’il pleut depuis trois semaines – avec des chaussures de corde idéales pour St-Tropez. Nous courons en chaussures de gym, baskets ou runners, les québécois courent en espadrilles.
Aujourd’hui, j’en ai appris une autre d’expression « bien du Nord » : j’ai tellement faim que je mangerai un ours. Et c’est Hélène qui a bien rit quand je lui ai dit qu’en Suisse, on avait la dalle. « La dalle dans l’estomac ? mais je croyais que justement il était vide, vu que t’avais faim ? » et c’est là que j’ai réalisé qu’en effet, c’était pas très logique, avoir la dalle.
A la chasse aux anglicismes, les Canadiens sont très très forts. Le matin, on mange des rôtis (pas des belles tranches de porc, non, rassurez-vous, … c’est le nom qu’on donne aux toasts).
Il est vrai que parfois, on frôle l’absurde quand on traduit des expressions typiquement professionnelles du jargon des médias. Mon Media center est devenu le « centre pour les représentants de la presse au site ». Parce que Centre Média, c’était pas assez clair. Bon, ça prend un peu plus de place sur le panneau, mais c’est pas grave, on écrira plus petit, et c’est quand même mieux que la version intermédiaire des traductions avant relecture qui était « le centre des médias au site ». Notre « photo manager’s office » est devenu le bureau du gestionnaire des services photographiques : ça fait tout de suite plus chic. Ma traduction préférée, c’est sans conteste la « press conference room » qui est devenue la salle de conférence pour les représentants de la presse. Quoique, j’ai aussi une tendresse toute particulière pour la belle et longue adaptation du « Photo help desk » (13 caractères y compris les espaces) en « bureau de dépannage pour les services photographiques » (55 caractères)..
Après on s’étonne que les anglophones trouvent le français compliqué…


